Les facteurs prédicteurs du succès des entreprises et startups

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Les facteurs prédicteurs du succès des entreprises et startups

Selon l’enquête SINE de l’INSEE (2011), seulement 50% des entreprises survivent sur une durée de 5 années. Il est donc crucial de comprendre les facteurs qui influencent la réussite et l’échec des entreprises afin d’atteindre deux objectifs :

  1. Comprendre les processus impliqués dans l’entrepreneuriat pour former et accompagner les entrepreneurs et ainsi augmenter la probabilité de réussite de leur entreprise
  2. Prédire les startups les plus à même de réussir pour les investisseurs (Venture Capitalist, Business Angels…) afin d’optimiser le placement de leur fond d’investissement et ainsi augmenter leur ROI.

Cet article synthétise les résultats de nombreuses études scientifiques qui se sont intéressées aux facteurs prédisant le mieux le succès des entreprises.

Trois choses à avoir en tête avant de commencer :
  • La réussite entrepreneuriale, tout comme la psychologie, est une science probabiliste et non déterministe. Cela signifie qu’il n’existe pas de formule mathématique pouvant prédire avec certitude le succès d’une startup. Cependant les études sur le sujet permettent d’identifier les facteurs qui discriminent le mieux les startups qui réussissent de celles qui échouent afin de créer des modèles statistiques fournissant une probabilité de réussite.
  • Les indicateurs de succès d’une entreprise varient selon les études. Il peut s’agir de la survie d’une entreprise, de sa croissance, de certaines actions (levées de fonds, entrée en bourse IPO, rachat de sa startup par un grand groupe…). Les facteurs corrélés à la survie ne seront pas forcément les même que ceux corrélés à la croissance.
  • Un facteur prédicteur de succès ne signifie pas nécessairement que ce facteur est responsable du succès. Autrement dit, une corrélation n’est pas un lien de causalité. Dans cet article, nous précisons systématiquement entre parenthèse le coefficient de corrélation, c’est à dire l’intensité du lien entre le facteur qui nous intéresse et la performance de l’entreprise.

Il n’existe pas un seul facteur prédictif du succès entrepreneurial, on utilise plutôt une approche multifactorielle qui s’appuie sur 3 types de facteurs :

  1. Les facteurs individuels, propres à l’entrepreneur
  2. Les facteurs inter-individuels, liés à l’environnement social de l’entrepreneur
  3. Les facteurs sociaux-économiques, notamment liés aux caractéristiques du marché visé

Dans cet article, nous nous intéresserons uniquement aux deux premiers facteurs qui concernent la psychologie du fondateur et ses compétences relationnelles.
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Profil de l’entrepreneur

Volonté d’apprentissage

Une étude portant sur 3200 startups web (Marmer & Al, 2011) montre que les entrepreneurs qui cherchent à apprendre, à suivre des conseils en création d’entreprise et à tester leurs hypothèses en mesurant des metrics et indicateurs pertinents lèvent 7 fois plus de fonds et ont une croissance d’utilisateur 3,5 fois supérieure. Le processus d’apprentissage entrepreneurial est donc capital.

Connaissances et compétences

L’âge est un bon facteur prédicteur de la survie d’une entreprise (INSEE, 2011) : les entrepreneurs de plus de 30 ans ont 1,5x plus de chance de réussite que ceux de moins de 30 ans. L’âge ne semble pas être un facteur de causalité en soi, il semble mesurer l’expérience acquise, la probabilité d’avoir déjà créé une entreprise par le passé et la présence d’un capital financier supérieur pour se lancer.
Le diplôme du fondateur est également un bon facteur prédicteur de survie à 5 ans (INSEE, 2011) : un fondateur avec un diplôme supérieur au baccalauréat présente 1,6x plus de chance de survie à 5 ans que sans diplôme.

Les fondateurs qui ont suivi une formation préalable à la création d’entreprise ont 1,2x plus de chance de survie à 5 ans. (INSEE, 2011)

Plus le capital investit dans l’entreprise est important, plus ses chances de survie à 5 ans sont importantes : x1,4 pour un capital de plus de 16 000€, x1,7 pour un capital de plus de 40 000€ et x1,8 pour un capital de plus de 80 000€ (INSEE, 2011). Un capital important permet de réaliser des investissements et de faire face aux charges d’exploitation, mais c’est aussi un indicateur du degré auquel la personne croit en son projet, de sa capacité à réunir des fonds et de son fort engagement dans le projet ce qui favorise la persévérance et limite le risque d’abandon face aux premières difficultés rencontrées.

Traits de personnalité généraux

Un trait de personnalité correspond à une tendance stable dans sa façon de percevoir son environnement et de se comporter.

Parmi les 5 facteurs de personnalités généraux (profil « BIG FIVE »), trois permettent de prédire la performance d’une entreprise (Zhao, Seibert & Lumpkin, 2010) : l’ouverture à l’expérience (r=0,21), le fait d’être consciencieux (r=0,19) et la stabilité émotionnelle (r=0,18).

Traits de personnalité
  • L’ouverture à l’expérience mesure la curiosité intellectuelle, l’attrait pour la nouveauté, l’aspect imaginatif et la créativité ; il favorise ainsi la capacité et l’envie de trouver des solutions innovantes.
  • Être consciencieux mesure une motivation à bien faire et à avoir des exigences élevées. C’est le trait le plus fiable pour mesurer la performance au travail dans tout type d’environnement.
  • La stabilité émotionnelle est une qualité importante dans un contexte d’incertitude, de risques et de feedback négatif. Elle permet à l’entrepreneur de faire face aux difficultés sans se laisser déstabiliser par des émotions négatives telles que l’anxiété, la déception, la frustration etc…

Un modèle statistique basés sur ces traits de personnalités généraux permet d’expliquer 10% de la variance de la performance des entreprises (r=0,31) selon une méta-analyse qui se base sur un échantillon de plus de 15 000 individus (Zhao, Seibert & Lumpkin, 2010).

Traits de personnalité spécifiques à l’entrepreneuriat

En psychologie, les études montrent que des traits généraux ne sont pas les meilleurs prédicteurs de comportements spécifiques. Des traits de personnalités de type Big Five ne sont donc pas les facteurs les plus adaptés pour prédire des comportements ou des performances dans un domaine si spécifique qu’est l’entrepreneuriat. Les chercheurs se sont donc intéressés à des traits plus spécifiquement impliqués dans la performance des entreprises, et ils ont eu raison !

Une autre méta-analyse qui se base sur un échantillon de plus 5600 entrepreneurs (Rauch & Frese, 2007) trouve un lien plus fort entre des facteurs de personnalités spécifiques à l’entrepreneuriat et la performance : le besoin d’accomplissement (r=0,304), la tendance à l’innovation ou inventivité (r=0,273), un style de personnalité proactif (r=0,270), un sentiment global de confiance en soi ou d’auto-efficacité (r=0,247) et une tolérance au stress (r=0,198). D’autres facteurs spécifiques présentent une corrélation positive mais faible : un besoin d’autonomie (r=0,164), un lieu de contrôle interne (r=0,134) et une tendance à la prise de risque (r=0,103).

Définition : le lieu de contrôle

Le lieu de contrôle renvoi à la perception d’un individu de ce qui détermine sa réussite. S’il est externe, la personne pense que sa réussite est dû à des facteurs extérieurs (la chance, le hasard, le destin…) et que ses actions n’ont pas d’impact sur les résultats. A l’inverse, une personne qui a un lieu de contrôle interne pense qu’elle peut influencer le cours des évènements par ses propres actions.

Définition : le sentiment d’auto-efficacité

Le sentiment d’auto-efficacité correspond à l’estimation d’un individu de ses chances de réussir une tâche. Cette estimation est subjective et ne correspond pas nécessairement à la réalité.

On distingue un sentiment d’auto-efficacité global, autrement dit la confiance en soi, d’un sentiment d’auto-efficacité spécifique à une tâche (Ex. : chanter).

L’entrepreneuriat semble nécessiter un sentiment de confiance en soi et d’auto-efficacité car l’entrepreneur a besoin de croire en son projet et en ses compétences pour avancer dans l’incertitude et surmonter les difficultés rencontrées. La confiance en soi influence la motivation, le processus d’apprentissage et la performance. Une confiance en soi trop en décalage avec la réalité peut mener à l’échec en surestimant ses compétences, en ayant l’illusion de contrôler son environnement, ou en ayant une incapacité à se remettre en cause face à du feedback négatif.

A partir de ces traits spécifiques, les chercheurs ont créé le concept d’Orientation Entrepreneurial (OE), il indique le degré auquel les dirigeants d’une entreprise présentent un état d’esprit entrepreneurial. Ce concept se décompose en 3 facteurs : la tendance à l’innovation, la prise de risque et la proactivité. Une méta-analyse (Rauch & Al, 2009) regroupant plus de 14000 entreprises montrent que l’OE prédit la performance d’une entreprise (r=0,242), particulièrement pour les petites entreprises (r=0,345) et pour les entreprises high-tech (r=0,396).

Selon les chercheurs Baum, Frese et Baron (2014), les traits spécifiques de personnalité jouent le rôle de médiateur entre les traits généraux et la réussite entrepreneuriale. Pour résumé, des traits généraux prédisent bien des traits spécifiques, et ces traits prédisent mieux la performance des entreprises.

Traits motivationnels

Baum & Locke (2004) identifient des traits motivationnels généraux et spécifiques qui permettent de prédire la croissance d’une entreprise. Les traits généraux ne sont pas directement corrélés à la performance de l’entreprise, mais ils prédisent bien les traits spécifiques qui à leur tour prédisent bien la performance.

Parmi les traits généraux, ils distinguent : la passion pour son travail et la persévérance. Parmi les traits spécifiques, il distingue : la vision qu’à l’entrepreneur de son entreprise et sa capacité à la communiquer (r=0,22 avec la croissance de l’entreprise), la capacité de l’entrepreneur à se fixer des objectifs motivants (r=0,26 avec la croissance de l’entreprise), et le degré d’auto-efficacité ou de confiance concernant la croissance de l’entreprise (r=0,34 avec la croissance de l’entreprise).

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Facteurs inter-individuels de succès

L’entrepreneur n’évolue pas seul dans son projet d’entreprise, pour réussir il doit souvent être capable d’interagir de manière adaptée avec son entourage : les associés, les employés, les partenaires, les clients, les investisseurs…

Compétences sociales et capital relationnel

Un entrepreneur qui possède des compétences sociales met donc plus de chances de son côté. Les compétences sociales renvoient à la capacité de percevoir correctement les autres, d’exprimer ses émotions et opinions clairement, d’être convaincant et de créer une bonne impression (confiance, sérieux…).

Un autre concept important est la notion de capital relationnel, il s’agit de l’importance et de la qualité du réseau social de l’entrepreneur ainsi que de sa réputation dans son réseau.

Les compétences sociales permettent à la fois de se constituer un capital relationnel important, mais également d’extraire des ressources utiles (conseil, aide, argent, temps…) de son réseau social. Baron & Markman (2003) montrent que plus les compétences sociales augmentent, plus le succès financier d’une entreprise augmente. Selon cette étude, les compétences sociales expliqueraient 13% de la variance de la performance financière.

Caractéristiques de l’équipe fondatrice

Une étude (Eisenhardt & Schoonhoven, 1990) montre qu’une équipe de fondateur qui a déjà travaillé ensemble par le passé est associé à une meilleure croissance de l’entreprise. Ceci s’explique selon les auteurs par le fait qu’une expérience passée permet d’avoir plus de cohésion et de confiance, ce qui permet des décisions plus rapides et une meilleur coopération.

Un fondateur solitaire va mettre 3,6 fois plus de temps pour atteindre la phase de croissance qu’une équipe de deux personnes (Marmer & Al, 2011). De plus, une équipe complémentaire en compétences avec un fondateur orienté technologie et un fondateur orienté business permet de lever 30% de fond supplémentaire, d’avoir une croissance d’utilisateur 2,9 fois supérieur et 19% de risques en moins de faire l’erreur qui coule le plus de startup (scaler prématurément) qu’une équipe de fondateurs essentiellement orientée technologie ou business (Marmer & Al, 2011).

Synthèse

Les études suggèrent que les facteurs psychologiques, comportementaux et relationnels permettent de prédire le succès d’une entreprise.
L’intérêt d’avoir identifié les facteurs qui discriminent le plus le succès de l’échec entrepreneurial consiste à :

  1. Utiliser les outils d’évaluation permettant de mesurer ces facteurs
  2. Proposer des formations aux entrepreneurs centrés sur leurs points faibles

 

Bibliographie

Baum, J. R., & Locke, E. A. (2004). The relationship of entrepreneurial traits, skill, and motivation to subsequent venture growth. Journal of applied psychology, 89(4), 587.

Baum, J. R., Frese, M., & Baron, R. A. (2014). The psychology of entrepreneurship. Psychology Press.

Eisenhardt, K. M., & Schoonhoven, C. B. (1990). Organizational growth: Linking founding team, strategy, environment, and growth among US semiconductor ventures, 1978-1988. Administrative science quarterly, 504-529.

INSEE. (2011). Enquête SINE, interrogations 2011. Récupéré sur INSEE: Enquête survie et succès des entreprises 5 ans plus tard

Marmer, M., Herrmann, B. L., Dogrultan, E., Berman, R., Eesley, C., & Blank, S. (2011). Startup Genome Report Extra: Premature Scaling. Startup Genome, 10.

Rauch, A., & Frese, M. (2007). Let’s put the person back into entrepreneurship research: A meta-analysis on the relationship between business owners’ personality traits, business creation, and success. European Journal of work and organizational psychology, 16(4), 353-385.

Rauch, A., Wiklund, J., Lumpkin, G. T., & Frese, M. (2009). Entrepreneurial orientation and business performance: An assessment of past research and suggestions for the future. Entrepreneurship theory and practice, 33(3), 761-787.

Zhao, H., Seibert, S. E., & Lumpkin, G. T. (2010). The relationship of personality to entrepreneurial intentions and performance: A meta-analytic review. Journal of management, 36(2), 381-404.


1 Comment

Benoit Teigné

mai 3, 2018at 8:56

Bonjour Mr FARNIER,

cet article sur les facteurs prédicteurs de la réussite des entreprises m’a beaucoup intéressé, car je développe actuellement une solution informatique de valorisation financière des startups.

Dans ce cadre, auriez-vous des références de littérature à me communiquer pour approfondir le sujet de ce post ; j’aimerais en effet avoir plus de détails concernant :
– les facteurs d’expériences sur le marché et d’expériences en management appartenant au capital humain ;
– les facteurs de la performance active (construction processus d’apprentissage, feedback, outils d’interprétation, …) ;
– et les facteurs sociaux économiques dans leur ensemble (caractéristiques du marché, …).

De plus, connaître le % de la variance de la performance des entreprises pour chacun de ces facteurs de succès m’intéresse beaucoup.

Je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements.

Bien cordialement,

Benoit Teigné

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