Positiver et surmonter l’échec de son entreprise

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Positiver et surmonter l’échec de son entreprise

La phase de souffrance post-échec est normale et il n’existe pas de baguette magique pour la faire disparaître du jour au lendemain, il est cependant possible de la raccourcir en cultivant un état d’esprit positif et constructif.

Comprendre ses émotions négatives

Les émotions ont un rôle fondamentalement positif : ce sont les indicateurs de notre tableau de bord interne. Lorsque l’émotion est positive, cela indique que notre environnement correspond à nos attentes. Lorsque l’émotion est négative, cela indique que quelque chose ne va pas et qu’il faut trouver une solution. Les émotions sont subjectives et dépendent de notre évaluation de la situation ainsi que de nos pensées. Chaque émotion indique un problème particulier.

Le message des émotions
  • La peur indique une menace ou un danger
  • La tristesse indique un besoin affectif insatisfait
  • La colère indique que quelqu’un est responsable d’une frustration ou d’une injustice
  • La culpabilité indique que nous somme fautif : nous avons mal agit ou de manière opposée à nos valeurs
  • La honte indique une gêne par rapport au regard d’autrui concernant des comportements ou des faits que nous n’assumons pas ou que nous jugeons négativement

Dans la phase de souffrance, ces émotions sont très fortes et envahissantes. Il est important d’en prendre conscience et de chercher à comprendre le message qu’elles nous transmettent, c’est une des compétences majeures dans l’intelligence émotionnelle. Une émotion qu’on ne prend pas en compte, c’est comme un message sur le répondeur qu’on n’écoute pas : le répondeur continue de sonner sans cesse. Comprendre le message de vos émotions permet de les apaiser. Nier ou éviter de se confronter à ses émotions négatives, c’est comme cacher les indicateurs de danger qui se mettent à clignoter dans un avion : si vous perdez de l’altitude, l’ignorer ne résoudra pas le problème, ils continueront de clignoter et vous risquez le crash ! !

Dans un second temps, il est intéressant de se questionner sur la pertinence ou l’utilité des émotions ressenties : Est-ce qu’elles sont réellement adaptées à la situation ? Est-ce qu’elles favorisent une bonne réaction pour gérer la situation au mieux ?

Exemple : la peur de l’avenir

Message : l’avenir est potentiellement négatif et menaçant.

La pertinence : Il y a t-il réellement un danger ou est-ce que c’est moi qui en voit un là où il n’y en a pas ?

L’utilité : Est-ce que réagir avec de la peur va m’aider ou au contraire me freiner dans la reconstruction ?

Si l’émotion ne se révèle pas pertinente ou pas utile, il est intéressant d’adopter une nouvelle perspective sur la situation.

Développer des pensées positives

Les émotions découlent de notre perception de la situation, donc de nos pensées. Mais nos pensées sont aussi influencées par nos émotions : quand on est triste, on a plus tendance à penser à des choses négatives et aux échecs passés. Il s’agit donc d’un cercle vicieux qu’on cultive ! Prenez conscience que c’est vous qui alimentez ce cercle vicieux en donnant comme carburant à vos émotions négatives des pensées pessimistes et dévalorisantes.

Pour arrêter de nourrir vos émotions négatives et faire le choix de cultivez les positives, voici quelques propositions :

Changer de perspective

L’échec peut être vécu comme destructeur ou bien comme constructif, c’est vous qui cultivez votre propre perspective.

Les études mettent en relief l’aspect constructif de l’échec :

  • Les entrepreneurs qui ont échoué ont tendance à identifier de meilleures opportunités de business par la suite que des nouveaux entrepreneurs (Hessels & Al., 2011)
  • Les entrepreneurs qui ont échoué ont tendance à avoir une croissance plus rapide et de meilleures performances économiques dans leurs futurs projets que de nouveaux entrepreneurs (Commission Européenne, 2007 ; Ucbasaran & Al., 2012)
  • Les échecs semblent augmenter les chances de succès d’un projet futur (Shepherd A Al., 2009).

« Je n’ai pas échoué, j’ai trouvé dix mille moyens qui ne fonctionnent pas », Albert Einstein

Arrêtez de vous dévaloriser et de vous culpabiliser

Il est important de comprendre les causes de l’échec pour tirer des leçons et avancer. Cependant il est capital de le faire sans se dévaloriser et se culpabiliser à longueur de journée. Se dévaloriser c’est s’infliger des coups de fouet supplémentaires alors que la situation est déjà difficile. Cela ne changera rien au passé et ne fera que diminuer votre estime, votre confiance et votre moral ! Accepter le fait qu’on fait tous des erreurs, soyez bienveillant et tolérant avec vous même !

« Une personne qui n’a jamais commis d’erreurs n’a jamais innové », Albert Einstein

Persévérer et avancer

L’échec devient véritablement un échec s’il nous bloque et nous empêche d’avancer.

L’échec se transforme en victoire dès lors qu’on se relève et qu’on avance après avoir trébuché. Réussir à aller de l’avant et persévérer malgré les obstacles est une victoire silencieuse, et demande plus de volonté que de réussir du premier coup. L’échec est la norme dans la création d’entreprise, sans persévérance le succès est plus rare.

« Ne vous souciez pas de l’échec, vous n’avez qu’à réussir une fois », Drew Houston, fondateur de Dropbox
Avant de fonder Dropbox, Drew Houston était présent dans plusieurs projets de startups qui n’ont pas tous connu le même succès.

Arrêter de ruminer

En psychologie, les ruminations mentales consistent à ressasser des pensées négatives sur l’échec et sur le passé pendant des heures, des jours ou des semaines ! Un échec est passé et n’est plus modifiable, vous focaliser dessus toute la journée n’y changera rien du tout. Les ruminations ne font qu’entretenir et étendre la souffrance liée à l’échec ! Remplacer les ruminations par des pensées constructives et positives ou par des activités engageantes ou sociales.

« Ne cherchez pas la faute, cherchez le remède », Henry Ford

Eviter de tirer des généralisations négatives

A partir d’un échec singulier, on peut être tenté de tirer des généralités négatives sur nous, nos compétences ou notre environnement : « j’ai échoué donc je suis nul », « je serais incapable de réussir », « l’avenir est dangereux », « j’ai jamais rien réussit dans ma vie », « je suis un incapable »

En psychologie, on appelle cela un biais de sur-généralisation : c’est lorsqu’on tire une conclusion générale à partir d’un fait unique et isolé. On le reconnaît facilement car il est souvent accompagné des mots « toujours » ou « jamais » : « Je ne réussis jamais ce que j’entreprends », « Je n’ai jamais de chance »…

Le risque est d’associer l’échec à votre identité « Je suis un raté ou un bon à rien ». La majorité des entreprises échouent sur 5 ans, c’est la normalité !

Tirez plutôt des leçons constructives qui vous aideront dans l’avenir à éviter des erreurs plutôt que des fausses généralités qui ne vous feront que douter de vous et du futur.

Changer votre focus attentionnel

Le focus attentionnel est l’objet sur lequel on focalise notre attention. Notre état émotionnel varie selon notre focus attentionnel : si on se focalise sur des choses négatives, on risque d’être triste et anxieux ; alors que si on se focalise sur le positif, on risque d’être plus heureux et motivé.

Se focaliser sur le positif, c’est accepter le négatif tout en décidant de se concentrer sur la recherche de solutions. C’est faire le plein de carburant pour cultiver des émotions positives et notre motivation. Etre positif ce n’est pas être dans le déni ni être aveugle au problème, c’est remettre les problèmes à leur juste place et ne pas les laisser vous bloquer dans votre avancé.

Rappelez-vous de vos réussites passées

Le sentiment d’échec amène à tout voir négativement et à se rappeler uniquement des échecs passés.

Faites une liste de vos réussites et de vos accomplissements passés et reprenez confiance en vous ! N’oubliez pas les petites victoires qui vous paraissent insignifiantes aujourd’hui mais qui avaient de l’importance à vos yeux sur le moment.

Stress et mécanismes de coping

Lorsqu’on est face à une situation difficile, on a plusieurs réactions possibles pour y faire face. On appel ces réactions des mécanismes de coping en psychologie, cela vient de l’anglais To Cope qui signifie Faire face.

On distingue deux grands types de mécanismes de coping :

  • Ceux centrés sur le problème : notre attention et notre énergie se focalise sur le problème pour trouver une solution, rechercher de l’information etc…
  • Ceux centrés sur l’émotion : on cherche à changer nos émotions par rapport au problème ou à diminuer leur intensité

Dans le cas de l’échec entrepreneuriale, il est important de recourir à des stratégies centrés sur le problème (comprendre l’échec, rechercher des informations sur le sujet…) et centré sur l’émotion (changer sa vision négative de l’échec, prendre du recul, avoir le soutien de ses proches, faire du sport ou des activités, faire de la relaxation…).

Les mécanismes de coping peuvent être inadaptés et générer des conséquences négatives. Par exemple, vous pouvez recourir à l’alcool ou à d’autres drogues ou encore à l’isolement social comme coping centré sur l’émotion pour anesthésier les émotions ou éviter de devoir parler de votre échec aux autres. Ces mécanismes ne vont faire que diminuer votre moral et votre confiance en vous à moyen et long-terme, même si à court-terme ils semblent diminuer vos émotions négatives.

Un autre facteur à prendre en compte pour juger de la pertinence d’un mécanisme de coping est l’aspect de contrôlabilité du problème. Si le problème n’est plus modifiable, chercher à le modifier vous mènera à l’épuisement. A l’inverse, ne recourir qu’à du coping centré sur l’émotion face à un problème modifiable ne sera pas pertinent dans la durée.

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre », Marc Aurèle.

Le soutien social est un facteur majeur dans la gestion du stress. De plus, c’est important d’être actif dans votre réaction de coping (chercher à voir du monde, à vous ressourcer et à comprendre les causes de l’échec) plutôt que d’être passif (attendre que ça passe tout seul, ne plus faire d’activités ou ne plus voir personne…).

Après l’échec, et notamment dans la phase de tristesse, il est capital de se ressourcer. Je préfère le mot ressourcer au mot reposer car il a une connotation active. Se ressourcer peut passer aussi bien par l’activité (loisirs, activités sociales, balade, sport…) que la détente (relaxation, massage, yoga…). Le mot reposer peut être interprété comme ne plus faire d’activité, « rester chez soi et ne rien faire et ne voir personne pour se reposer », ce qui ne ressource pas forcément.

Les autres articles de psychologie entrepreneuriale sur l’échec :

Les structures d’aide aux entrepreneurs

Plusieurs structures se sont crées pour accompagner les entrepreneurs après l’échec : SOS Entrepreneur, Re-Créer, 60000 rebonds, Second Souffle !

 

Bibliographie

Commission Européenne. 2007. Surmonter les stigmates de la faillite d’entreprise – Pour une politique de la deuxième chance. Bruxelles

Cusin, J. (2009). La réalité de l’apprentissage par l’échec en entreprise: une approche behavioriste enrichie des émotions. Management international/Gestiòn Internacional/International Management, 13(4), 27-45.

De Hoe, R., & Janssen, F. (2014). L’échec entrepreneurial comme voie de succès futur.

Hessels, J., Grilo, I., Thurik, R., & van der Zwan, P. (2011). Entrepreneurial exit and entrepreneurial engagement. Journal of Evolutionary Economics, 21(3), 447-471.

INSEE. (2011). Enquête SINE, interrogations 2011. Récupéré sur INSEE: Enquête survie et succès des entreprises 5 ans plus tard

Lasch, F., Le Roy, F., & Yami, S. (2005). Les déterminants de la survie et de la croissance des start-up TIC. Revue française de gestion, (2), 37-56.

Shepherd, D. A. (2003). Learning from business failure: Propositions of grief recovery for the self-employed. Academy of management Review, 28(2), 318-328.

Ucbasaran, D., Shepherd, D. A., Lockett, A., & Lyon, S. J. (2013). Life after business failure the process and consequences of business failure for entrepreneurs. Journal of Management, 39(1), 163-202.


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